A l’occasion du salon de la littérature érotique, j’ai pu rencontrer et interviewer Valérie Tasso, la sexologue et ambassadrice de Lelo.
Début décembre, j’ai eu la chance d’être invitée par la marque Lelo au Salon de la littérature érotique que la marque scandinave de sextoys sponsorise. J’ai découvert un salon à taille humaine mais très divers que j’ai adoré explorer. Entre 2 conférences absolument passionnantes, et donc, trop courtes, j’ai pu rencontrer la sexologue ambassadrice de Lelo Europe, Valérie. On ne va pas se mentir, en Espagne, Valérie, c’est un peu la papesse du sexe avec un livre adapté au cinéma et plusieurs interventions à la TV espagnole, on est au même niveau qu’une May Mazaurette (que j’ai d’ailleurs pu croiser sur le salon) chez nous.
Disons les choses clairement : cette rencontre avec Valérie, c’est un peu le pompon sur la pomponnette de ce salon dans lequel je me suis sentie… à ma place, sentiment qu »il est rare d’éprouver lors d’un événement pareil.
Merci à Valérie qui été tellement généreuse. Vous allez voir, cette interview se lit toute seulement, tellement elle est passionnante…

Alors, si j’ai bien compris, tu es franco-espagnol. Est-ce que tu peux nous raconter ton histoire ?
Je suis pas franco-espagnol, je suis française. C’est vrai que tu n’es pas la première à me poser la question. Enfin, je viens d’une famille très, très traditionnelle française, de la Champagne. J’ai fait toutes mes études parce que je voulais travailler pour le ministère des Affaires étrangères. Je te dis tout ça parce qu’il y a plein de petites anecdotes sympas, rigolotes. Et j’ai terminé comme sexologue. Et je suis contente d’avoir choisi cette voie-là parce que je crois que je serais hyper frustrée à l’heure actuelle, surtout vu ce qu’il se passe dans le monde. C’est beaucoup plus épanouissant de parler de relations amoureuses, de sexe, tout ça. C’est beaucoup plus intéressant. C’est toujours la gestion de conflits, en fait. Et ça, c’est intéressant. Donc j’ai un peu ça dans les veines. Donc quand on me dit « Comment tu as pu passer de faire des études à DESS à Strasbourg pour passer ensuite le concours au ministère des Affaires étrangères et puis maintenant tu t’occupes de sexualité, tu vois des patients ? » Voilà. Gestion de conflits, en fait. Tout ça. Et je préfère le conflit intime, dans une chambre à coucher qu’à un autre niveau. J’ai toujours été une personne très, très curieuse. Et puis un jour, en Espagne, je suis tombée sur un type dont je suis tombée follement amoureuse. Et ça a été le début de la fin, c’était un narcissique, un drogué, je le savais pas. Je le savais pas parce que j’étais jeune. Et je savais pas qu’il était complètement addict à la coke. Un menteur. Enfin bon, il avait tous les traits du sociopathe, tu vois. Et je me suis retrouvée enceinte de ce type-là qui avait une double vie à Madrid. Moi, je vivais avec lui à Barcelone. Et je me suis retrouvée dans la rue parce qu’en plus, il m’a ruinée. J’étais complètement seule parce que moi, je suis française mais je vis depuis plus de 30 ans maintenant en Espagne et seule, toute ma famille est en France. Et comme j’étais pas du tout habituée à demander de l’aide, tout le contraire, on m’avait éduquée pour… Valérie, toi, t’es une femme. Le fameux empowerment qui est hyper à la mode maintenant. Et à l’époque, 28 ans, j’était quelqu’un qui pouvait pas demander de l’aide à qui que ce soit. Et j’avais toujours eu une sexualité très ouverte. J’avais jamais eu de problème à ce niveau-là. C’était quelque chose que je vivais d’une manière hyper naturelle.
Dans la rue, sans un sou, enceinte, même avec les études que j’avais, il fallait que je rembourse une dette immense et j’ai commencé à me prostituer. Ce passage à la prostitution a été pas mal médité. Ça n’a pas été non plus un coup de tête. C’est quelque chose que moi, j’avais toujours vu les femmes prostituées comme une autre activité.
C’est vrai qu’en Espagne, la prostitution est permise. Il y a même des maisons closes, il me semble.
Ouais. Maintenant, c’est un peu “alegal”. C’est-à-dire que c’est pas interdit, c’est pas non plus autorisé à 100%. Tout le monde sait qu’il y a des femmes qui se prostituent, il y a des femmes qui reçoivent leurs clients chez elles. Il y a pas mal de ce qu’on appelle le pissos, appartements. Et je me suis dit, à l’époque, je voulais travailler pour une agence d’escorte. Je me suis présentée, j’ai commencé à travailler comme escorte. J’ai pas beaucoup travaillé, dans le sens où pas longtemps. J’ai travaillé le temps de pouvoir payer mes dettes. Et puis après, j’ai laissé tomber le monde de la prostitution et j’ai commencé à rechercher un emploi. Et là, le fait de… de coucher avec des hommes pour de l’argent, ça m’a permis d’une certaine manière de me réconcilier avec eux. Parce que je m’étais dit, je sais pas si je vais avoir la force de pouvoir pardonner ça. Et c’est bizarre, parce que ce qui s’est passé, c’est que ça m’a réconciliée avec les hommes. Ça peut sembler scandaleux ce que je dis, mais ça a été le cas. J’ai rencontré un type génial, qui est devenu mon copain. Et on a vécu une histoire d’amour super pendant 4 ans. Et c’est là que petit à petit, je me suis remise dans le marché du travail, bien vu, si tu veux. Et je me suis dit, merde, la sexualité, c’est quand même vachement intéressant. Et j’avais un ami qui est psychiatre, qui était très intéressé par la sexualité. Je lui ai dit, où est-ce que je peux étudier la possibilité d’être sexothérapeute ? Et il m’a dit à Madrid. Et là, j’ai refaitdes études. Et une journaliste, un jour, est apparue dans ma vie, parce qu’elle cherchait des témoignages de femmes qui avaient exercé la prostitution de haut niveau. Parce que moi, ça m’a permis, d’une certaine manière, de beaucoup voyager avec les clients, parce que je parlais, à l’époque, 4-5 langues. Donc elle cherchait des témoignages de femmes qui avaient exercé la prostitution d’une manière libre, parce que j’étais libre, je veux dire. Elle m’a dit « Waouh, ton histoire c’est dingue Valérie, pourquoi tu n’écris pas un bouquin ? » Et en 2003, j’ai publié mon bouquin. D’accord. On a même fait un film.

Moi, personnellement, j’ai commencé à écrire un blog parce que je ne comprenais pas tout dans les relations amoureuses et sexuelles et j’avais envie de partager mes découvertes. J’avais envie de faire des recherches, partager mes découvertes. Et toi, qu’est-ce qui te passionne dans la sexologie, en fait ?
Dans la sexologie, ce qui me passionne, c’est la rencontre avec l’autre. L’autre est toujours un problème. Ça, c’est le grand thème de la psychanalyse, d’ailleurs. L’autre, le désir, ton propre désir, le désir de l’autre. On a l’impression que l’autre, ce n’est pas nous-mêmes. Donc, là, il y a violence. Et c’était ce qui me passionnait. C’était de pouvoir travailler avec des couples, de pouvoir les aider, de pouvoir penser le désir avec eux. Et c’est ça qui m’a motivée énormément. Et puis, je vais t’avouer que ça m’a beaucoup aidée d’étudier la sexologie parce que ça m’a aidée aussi dans mes rapports avec la sexualité, avec mon corps, avec moi-même, parce qu’évidemment, j’avais des traumas absolument terribles, un manque de confiance en moi-même. La prostitution m’a permis de me sentir plus en confiance parce que le regard de l’autre était permanent. Le regard des hommes était permanent. Et la sexologie, ça a été un petit peu la cerise sur le gâteau.
L’Espagne est un pays qui fait vraiment rêver en ce moment les progressistes. En quoi l’Espagne, selon toi, se distingue des Français dans les relations amoureuses ?
C’est vrai qu’on est très progrès, comme on dit en Espagne. Progrès, c’est-à-dire qu’il y a une communauté LGBTQIA+. Le mariage homosexuel est autorisé. Les homosexuels, hommes et femmes, peuvent adopter des enfants. Il y a une belle industrie en Espagne autour du sexe. Il y a un problème avec la prostitution que le gouvernement aimerait abolir. Mais c’est vrai que c’est le grand thème. C’est toujours le même problème. Ce n’est pas facile d’interdire, d’abolir la prostitution. Mais c’est vrai qu’en ce qui concerne les droits de personnes homosexuelles, c’est génial en Espagne. Ils ont les mêmes droits qu’un hétéro. Il ne manquerait plus que ça. Même si on le sait, en France, le mariage homo n’est pas autorisé.
Si, Depuis 2013 C’était sous Hollande. C’est notre amie Christine Taubira qui est devenue une icône dans la pop culture.
Il y a aussi une de mes pornographes préférées qui est Erika Lust.
Tu la connais Erika ?
Oui, je l’ai interviewée.
J’ai bossé avec elle. Erika, je ne sais plus où elle vit. Elle est toujours à Barcelone. Elle fait ce qu’on appelle le porno pour les femmes. Elle est suédoise. Elle a désarticulé l’industrie du porno mainstream. Complètement décomplexée. Je la connais bien Erika. En plus, c’est une femme qui est bien formée. Et qui a un bon disque féministe.
Tu viens de publier un essai sur la libido avec Lélo. Pour quelles raisons as-tu choisi ce sujet avec Lélo ? Parce que c’est le sujet le plus important en sexualité. La libido.
Le désir. Et en plus, c’est la grande préoccupation que nous avons les sexologues à l’heure actuelle. Parce qu’il y a une vraie révolution du désir. On manque. On est dans une société hyper capitaliste. Et ça touche aussi le sexe, la sexualité. Et c’est vrai que maintenant, le porno mainstream est à portée de tous. Donc on consomme du sexe toute la journée. Il y a les applications de rencontres aussi. C’est un petit peu un catalogue de mode.

C’est ce que je dis toujours. C’est un catalogue pour choisir ton prochain coup.
Et le problème, c’est que tu te dis quand tu es sur Tinder par exemple. Je vais essayer avec celui-là. Et si ça ne marche pas, j’essaierai avec l’autre. Next. C’est comme quand tu vas chez Zara. Tu as acheté des vêtements. Si ça ne te plaît pas, tu te fais rembourser. Donc il n’y a plus d’implication. Il n’y a pas d’implication. Elle est partie. Je le vois chez mes patients, ça fait peur. Ça fait vraiment très peur. Donc le capitalisme qui nous a complètement absorbés se manifeste énormément au niveau du désir, au niveau de la sexualité humaine. Et ça, c’est le grand thème du 21e siècle. Et j’ai l’impression que ça va empirer. C’est-à-dire qu’on ne sait plus ce qu’on veut. On ne sait plus ce qu’on désire. On a plus des pulsions que du désir. Et la pulsion, c’est complètement différent. C’est le problème de la satisfaction immédiate. On recherche l’euphorie, c’est ce qu’on veut. Je vois par exemple les addicts au shopping. Ils achètent, ils achètent. Et quelquefois, ça m’est arrivé à moi-même. J’ai encore des fringues avec l’étiquette. Je me dis mais attends.
Il m’est arrivé d’acheter des vêtements et le temps de les recevoir. Mais en fait, je n’en voulais plus.
Voilà. Ça, c’est un phénomène nouveau. Avant, on achetait des fringues deux fois par an. On réfléchissait bien. On mettait de l’argent de côté. On attendait les soldes. Ou la nouvelle collection. Ou Noël.
Je me faisais remarquer à mes abonnés qu’avant, il y avait le catalogue La Redoute qui sortait. Et je me souviens qu’à l’époque, le catalogue automne-hiver sortait autour de mon anniversaire, le 21 juin. Et en fait, pendant les trois prochains mois, je choisissais consciencieusement ce que je voulais. Je mettais des sous de côté. Et au moment de la rentrée, je me les offrais. Et ça, ça a disparu. Du coup, ma question, c’est quel serait, toi, ton conseil pour les couples aujourd’hui ? Est-ce que ce ne serait pas de remettre un peu d’affect dans leur sexualité ?
L’affect doit être toujours présent. Toujours. On oublie souvent que la sexualité, c’est aussi l’affect, la tendresse. Le mot tendresse, par exemple, on a l’impression que c’est un gros mo. Enfin, je veux dire, si par exemple, moi, j’ai une relation avec une personne, s’il y a de la tendresse, c’est super. Je trouve ça génial. On a l’impression que… Vouloir sentir de la tendresse ou vouloir démontrer de la tendresse, ça veut dire qu’on s’implique complètement dans la relation, qu’on va se marier. Non, non, non, non. Donc, si tu veux, on a laissé complètement tomber le concept de tendresse. Parce qu’apparemment, le sexe, c’est le sexe. Et puis la tendresse, c’est autre chose. Ça n’a rien à voir. Non, non, la tendresse, ça fait parti du sexe. Quand il y a une rencontre intime avec quelqu’un, il y a beaucoup plus qu’un partage de parties génitales. Et on a l’impression que… Enfin, moi, j’ai l’impression que maintenant, c’est réduit à ça. Mais je ne le comprends pas, ça. C’est une vision hygiénique du sexe.
Est-ce que ce n’est pas un petit peu le patriarcat qui a pris le pas sur la sexualité ? Parce qu’il y a eu la libération sexuelle, et du coup, les femmes ont commencé à coucher comme des hommes au lieu de coucher comme des femmes, finalement.
Très bonne question. Très bonne question. C’est vrai que… Le patriarcat est toujours présent, même si on pense qu’on s’en est débarrassé. Ce n’est pas vrai. Pourquoi ? Parce que si on se met à y penser, et si on pense le désir féminin, par exemple, ou si on pense la sexualité féminine en général, on se rend compte qu’il y a toujours des tabous, il y a toujours des stigmas. Même si on dit que ce n’est pas vrai, il y a toujours des stigmas. Je ne peux pas raconter mes histoires de cul. Mais je ne vais pas m’inventer forcément toute la journée, parce que je sais qu’on ne va pas me regarder de la même manière. Alors que les hommes, au final, bon… J’ai l’impression que le désir féminin est souvent pensé par rapport au désir masculin. On le renvoie toujours au désir masculin comme si on ne pouvait pas avoir un désir féminin propre sans les hommes. Le plaisir, le désir est toujours subordonné au plaisir et au désir masculin. Alors quand tu as des marques de sex toys comme Lelo qui du jour au lendemain apparaissent avec des designs de sex toys qui n’ont absolument rien à voir avec le phallus, le pénis, ça commence à devenir révolutionnaire. Quand le fameux stimulateur de clitoris. stimulateur de clitoris a été inventé, ça a été, je crois, le meilleur moyen de visibiliser le plaisir féminin. Et on a pensé que là, tout était acquis. Mais maintenant, ce qui se passe, c’est que j’entends des discours du genre « Ma femme, c’est la stimulateur de clitoris. Elle va devenir addict du stimulateur. Elle va se passer de moi. » Donc il commence à y avoir une espèce de discours de panique autour des sex toys.
C’est vrai que l’été dernier, il y a eu une créatrice de contenu sur la sexualité qui a alerté, qui était sexologue aussi, je crois. mais qui a alerté sur l’utilisation du stimulateur de clitoris en disant que les femmes deviennent addictes et qu’elles deviennent moins sensibles.
C’est pas vrai. On a fait une étude en Espagne avec l’université d’Almeria, avec deux gynécologues, et ça a été démontré, avec des femmes volontaires, que c’est tout le contraire. Mais oui. C’est tout le contraire. Parce qu’en fait, c’est un chemin pour aller à l’orgasme. Une fois que le corps connaît le chemin, il y va plus facilement. Et cette sexologue qui a dit ça, je ne veux pas désarticuler son discours, mais parce qu’elle ne sait peut-être pas qu’elle rentre dans un discours toujours hétéropatriarcal. Qui dit, vous faites attention, les filles, avec les sex toys, vous allez devenir addicts, vous n’allez plus avoir de relation intérieure de la même manière. Ce discours de panique apparaît à un moment donné, à chaque fois, tous les ans. Il y a un petit discours autour de… Là, c’est le sex toys, les sex toys, l’année prochaine, on verra. Donc, si tu veux, c’est une manière de rappeler aux femmes que, oui, d’accord, vous avez le droit à votre sexualité, vous avez le droit au désir, mais ne nous oubliez pas. Tu sais, ce n’est pas facile de sortir d’un système hétéropatriarcal du jour au lendemain. J’espère que ça va être fait.

Et si ça se fait vraiment, ça va prendre des décennies.
Oui, bien sûr. Il faut une bonne éducation sexuelle derrière. En Espagne, il n’y a pas d’éducation sexuelle. Je ne sais pas comment ça marche en France.
Ça commence, il y a un programme intégré. Il y a trois heures par an.
Trois heures par an, tu ne fais rien. Tu sais ce que tu fais en trois heures par an ? Tu retournes sur le discours de la panique de faire attention de ne pas tomber enceinte. Il faut se mettre le préservatif. C’est-à-dire, une fois de plus, le discours hygiéniste, ou vraiment très aseptique, et le plaisir dans tout ça, et le respect de l’autre ?
Ou l’amour.
L’amour, le consentement, le désir. Tout à fait. Donc ça devrait être une matière à étudier comme on étudie les maths. Mais les gens ont tellement peur que quand on parle de sexe, ça encourage.
Alors que plein d’études démontrent le contraire.
Tout à fait. Les adolescents qui sont éduqués sur la sexualité tombent moins enceintes que les autres, ont moins de MST et compagnie. Et perdent leur virginité (j’aime pas l’expression) plus tard. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’il faut perdre sa virginité plus tard ? Pas forcément. Mais elles ont toutes les informations pour pouvoir ensuite se penser. Penser leur plaisir. Ne pas sentir une pression terrible.
Je me souviens, à mon époque, et ma génération, c’était il faut absolument perdre la virginité tout de suite (Valérie a la cinquantaine, NDLR). Si c’était à refaire, je t’avoue que je le referais d’une autre manière. La première fois, c’est toujours… C’est chiant. La première fois, c’est quoi ? C’est la première fois qu’on pénètre. Alors que c’est pas la première fois que tu éprouves du plaisir. Au contraire, parce que la première fois, en général, on ressent rien. La première fois que j’ai ressenti du plaisir avec un homme, j’avais 24 ans. Il faut du temps.
Moi aussi, j’avais 24 ans (7 ans après avoir perdu ma virginité, donc).
Combien de femmes ne connaissent jamais ? Je vois des femmes à 60 ans qui viennent me voir, qui me disent Valérie, aide-moi. Ça me fait tellement de peine. Tu sais, je fais quelques fois un petit questionnaire avant de commencer la session. J’ai l’histoire d’une femme. Une femme géniale. Études universitaire, entrepreneuse. C’est pas une idiote. Je lui pose la question. Elle me dit, j’ai jamais senti. Je me frotte contre un coussin. Mais je sens rien. Je lui dis, mais tu sais où se trouve ton clitoris ? Elle me dit, ouais, ouais, en entrant à droite.
Ah oui, d’accord.
Mais elle me l’a sortie avec un naturel.
Deuxième flèche à gauche.
C’est pas possible. Une femme de 35 ans. Formation supérieure, etc. J’étais choquée. Mais ça a été génial de faire une thérapie avec…
Dis-moi, j’ai une théorie. Je vais t’en parler. Tu vas me dire ce que tu en penses. Ma théorie, c’est que le sexe pour le sexe n’existe pas. Quand on fait du sexe, on cherche toujours… Soit c’est qu’on est vraiment attiré par la personne. Dans ce cas-là, le désir, c’est le premier stade de l’amour. Donc on est à une décision près de tomber amoureuse. Soit on cherche à combler un manque. Qu’est-ce que tu en penses ?
J’ai écrit il y a deux jours un article. Il est en espagnol. Je pourrais te l’envoyer. Si tu comprends l’espagnol… Vite fait. Je prenais une citation de García Márquez. Il disait que le sexe, c’est un petit peu… Je ne me souviens plus des mots exacts. Je pense en espagnol. C’était un petit peu une manière de se réconforter quand on ne trouve pas l’amour. D’accord. Moi, je suis à 100% avec ta théorie. Le sexe est la matière première de l’amour. Je pense qu’il y a le côté amour, mais il y a aussi le côté, des fois… Il y a des hommes qui ont besoin de dominer, qui passent par le sexe. Il y a des hommes qui ont besoin de validation, qui passent par le sexe. Et des femmes aussi. En général, quand on dit que c’est que sexuel, en fait, c’est tout sauf sexuel.
C’est tout sauf sexuel, tout à fait. Les difficultés sexuelles n’existent pas. Il y a des traumas derrière qui n’ont rien à voir.
Je voulais te dire un truc important par rapport à ce que tu me dis, qui est très, très intéressant. La relation sexuelle en elle-même, c’est la conquête de l’autre. La conquête de l’autre est la conquête de soi. Le désir, c’est pas forcément le désir de l’autre. C’est aussi notre propre désir. On se retrouve dans le désir de l’autre. C’est une manière de se sentir humain. Et ça, c’est vachement important. Donc, quand on dit que pour le sexe, oui, ça existe, moi, je suis pas d’accord. Il y a toujours beaucoup plus derrière. Il peut y avoir des traumas ou pas. Simplement le faitde… Cette visibilité que l’autre te donne. Son intention, son affection. Son intention, son affection. Être reconnu. Être vu. Et moi, je pense que le sexe, sans qu’on sente absolument rien que l’excitation sexuelle, c’est difficile. C’est lassant. Je pense que pour moi, les gens qui multiplient les conquêtes, c’est justement parce qu’ils n’ont pas compris ça. Que derrière le sexe, il y a autre chose.
Quel conseil tu donnerais à des femmes qui se sont senties beaucoup objectisées ? Je te donne le contexte, en fait. Moi, mon public, c’est des femmes rondes. Et donc, les femmes rondes, on a cette image, finalement, soit d’être hyper sexualisées, c’est-à-dire gourmandes, qui aiment se faire plaisir et tout, soit imbaisables. Alors qu’il y a plein de mecs qui adorent ça, mais du coup, en privé. Et qui n’osent pas sortir, aimer une grosse, tout ça. Et ça crée forcément des stigmates chez ces femmes-là. Quel conseil tu leur donnerais ?
C’est dingue parce qu’on revient au même point de départ, c’est qu’il y a un manque d’éducation sexuelle. Donc l’éducation sexuelle permettrait aussi de pouvoir respecter les corps. C’est facile de dire aime ton corps. Mais il faut vraiment y croire. Et pour y croire, c’est déjà à la base quand on est petit. Donc là, il y a beaucoup de boulot à faire.
Moi, j’ai été une femme ronde à cause de la ménopause. Mais ronde, ronde, obèse. Et j’ai beaucoup souffert. Parce que c’est vrai que même si je me suis hyper déconstruite depuis des années, j’étais habituée à voir mon corps d’une autre manière. J’ai toujours été très sportive. Et tout d’un coup, j’ai pris 40 kilos. Je me suis dit, mais c’est pas possible. Je deviens invisible aux yeux des autres. Alors que j’étais hyper déconstruite. Parce que j’ai adhéré à ce discours de il faut accepter ton corps comme il est, très tard. C’est maintenant que ça se fait. Mais vraiment, ce qu’il faudrait faire, c’est le faire dès toute petite. Mais pas seulement nous. Les hommes aussi. C’est-à-dire que les hommes, ils aient une image de la femme dans toute sa diversité. De toute façon, tant que l’industrie de la mode… Les top modèles, Curvy ou XL qui sont censés donner l’exemple oour que les choses changent, il n’y en a pas assez. Moi, je ne les vois pas. Tu les vois, toi ?
On ne les voit plus parce que justement, l’industrie de la mode a repris la culture de l’extrême minceur.
Tu as vu ce qui s’est passé avec Zara ?
Non. Dis-moi.
Ils ont été obligés de retirer des photos sur leur page web, sur leur app, de certaines femmes qui étaient hyper maigres. Ça, c’est bien. Ils ont été pénalisés, tu vois. Ça, c’est bien. Mais ce n’est pas souvent que ça se passe.

Je pense que ce n’est pas un hasard si justement, le côté super maigre revient à la mode, alors que l’extrême droite reprend, et les masculinistes se développent. Tout est lié. Tout converge.
Tout à fait. Tout est lié. Donc, le conseil, ce serait plus un conseil par rapport à la société. Et je pense que ce n’est pas que les femmes qu’il faut rééduquer par rapport à ça, mais aussi les hommes, et leur dire que c’est OK d’être attiré par des grosses. Donc, tu vois, on revient vers l’éducation. Moi, quand on me dit quel est le problème actuel, c’est le manque d’éducation sexuelle. Parce que l’éducation sexuelle, ce n’est pas forcément parler des parties génitales. Non. C’est le respect des corps, c’est le respect de l’autre, c’est le respect de ton désir. Le droit à avoir une vie érotique différente, par exemple. Si tu aimes le BDSM, super. Le droit à sortir avec une femme ronde sans qu’on se dise, tiens, il est avec la grosse. Mais c’est vrai que les gens ont peur de l’éducation sexuelle. D’ailleurs, en Espagne aussi, on a une montée de l’extrême droite qui est terrible. S’il y a une montée de l’extrême droite, l’éducation sexuelle n’a pas lieu d’être. Ça, c’est clair et net. On le voit en Espagne. Par rapport à ce que tu me dis, on le voit aussi en France. Donc, c’est incroyable. Les modèles sont liés à l’idéologie. Sans se rendre compte, le type qui va avoir une relation sexuelle avec une femme, avec un corps non normativisé, normatif, mais qui ne va pas oser la présenter à ses copains, il est en train de manifester un discours politique sans s’en rendre compte. Donc ça, c’est intéressant de s’arrêter à un moment et de dire « Attends, il faut que je réfléchisse. Qu’est-ce que je fais ? Pourquoi je fais ça ? » Vraiment, j’ose pas parce qu’ils vont croire que X, Y, Z. T’es en train de faire de la politique, en fait. Et le poids qu’il fait porter à sa compagne, du coup, par rapport à ça ? C’est terrible. Et on le voit plus chez les femmes que chez les hommes. Même si un homme qui est bien en chair, si tu veux, aura aussi des problèmes. Mais pas tant.
J’ai fait une vidéo sur la question. C’est intéressant, ça. Et alors, trois quarts des femmes préfèrent les hommes un peu ronds.
Ah ouais ?
Ouais, le côté réconfortant, tout ça. Moi, quand tu me dis ça, je te disais non. Mais quand tu y réfléchis, est-ce que tu préfères un mec sec, tout mince, ou avec un petit peu de poignée d’amour, un petit ventre et tout ? En fait, nous, on préfère les mecs avec… En fait, on n’aime pas quand c’est sec. On aime bien quand il y a un côté réconfortant, paternisant, peut-être.
C’est marrant parce que je travaille avec beaucoup de féministes qui me disent… J’ai une amie en particulier qui est géniale. Elle me dit Valérie, je n’arrive pas à manifester mon féminisme quand je suis au lit avec un type. C’est-à-dire, je m’oblige à aimer les hommes sous toutes leurs formes. Par contre, au lit, moi, j’ai besoin d’un type musclé. C’est intéressant, ça.
Oui, c’est un désir de se coller à l’image véhiculée par les médias. Parce qu’en réalité, elles n’en sont pas conscientes. SI tu leur pose la question elles vont te dire qu’elles préfèrent les hommes “sportifs” mais si tu leur montre des photos et que tu leur demandes parmi les corps représentés, lequel elles préfèrent, elles vont choisir une silhouette musclée mais avec des rondeurs.
Ah oui, dit comme ça, c’est bien possible. Comme quoi c’est importent de s’écouter et d’avoir assez d’éducation sexuelle pour permettre de déconstruire la “pensée unique” qui tendent à promouvoir un idéal de corps alors que lorsqu’on s’écoute, les choses sont bien plus simples que ça.
Merci d’avoir répondu à mes questions. C’était absolument passionnant. Vous pouvez retrouver les articels de Valérie sur le site internet de Lelo.
Merci Evidemment à Lelo de m’avoir invitée à cet événement magique.
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