La plume, le trône et la pudibonderie : anatomie d’un tabou biologique.

Comme bloguer m’avait manqué ! Je ne sais pas pour vous, mais lire mes petits articles dans le métro en sirotant mon tumbler est un rituel dont je me languissais avec nostalgie. Et puis, j’ai découvert Substack. J’ai mis du temps à m’y lancer.
Avec la frénésie apportée par le retour des Sussex, écrire pour mettre à plat les étapes pourtant visibles pour arriver à cette annonce m’est paru comme la meilleure option. J’ai donc décidé de publier enfin mon premier article.
J’y racontais comment scroller aux toilettes m’avait plongée dans une avalanche de news bousculant totalement mon emploi du temps pour produire de nouveau un contenu prenant en compte ce nouveau fait.
Fière de mon article, je le publie en grande pompe, en faisant savoir partout que mon premier article sur Substack est disponible. Et là, c’est le drame, une abonnée commente sur mon post YouTube annonçant la publication de l’article : « Je me suis demandé ce que j’étais en train de lire. Déçue, on ne retrouve pas la qualité de ton expression que tu as dans tes vidéos et que j’apprécie tant. Merci, je ne veux pas connaître ce genre de détails… »
Euh, je lui rappelle que je parle de « gleu-rè » ouvertement et que je dis meuf et mec une fois toutes les deux phrases sur ma chaîne ?
Je me suis contentée de supprimer le commentaire pour ne pas donner de munitions aux haters de Meghan. Déjà qu’ils n’ont pas vraiment besoin de ça pour déverser leurs immondices… Mais, très honnêtement, j’ai hésité à lui répondre un « pète un coup, chérie » pour qu’elle voie la différence entre quelqu’un qui a une plume et une autrice juste vulgaire.
Les créateurs de contenu ne sont pas des robots. Ils ont des émotions et même s’il est tout à fait acceptable d’émettre des critiques constructives, il est également tout à fait normal d’en être blessé. Il ne faut pas tomber dans le piège de la culpabilité d’être touchée car nier ses émotions est le meilleur moyen de ne pas en prendre soin. Les regarder en face est ce qui permettra de les guérir.
Et écrire a toujours été la meilleure des thérapies pour moi, alors je vous propose de partager avec vous mes réflexions.
Certains abonnés éprouvent le besoin de remettre les créateurs « à leur place » et c’est, soyons honnêtes, ce que cherchait à faire cette utilisatrice. Si on s’amusait à dire à tous les créateurs de contenu pourquoi on n’accroche pas, on y passerait notre vie. Non, l’idée était de me faire savoir qu’elle considérait que je n’étais pas au niveau qu’elle avait fixé seule, de son côté. D’autant qu’elle n’a pas commenté sur Substack mais sur YouTube, là où j’ai le plus de visibilité.
Ai-je besoin de dire qu’aborder le besoin d’assouvir un besoin naturel ne fait pas la qualité de la plume ?
La vérité est que je suis particulièrement fière de cette amorce car je la trouvais piquante, impertinente pour parler de dorures et de palais. J’aimais l’idée de vous plonger dans un quotidien banal et sans paillettes pour vous faire comprendre comment une news bascule une journée qui s’annonçait tranquille en tornade éditoriale. Et le fait de le faire avec un langage soutenu était la cerise sur le gâteau. La plume était là et si elle ne lui convient pas, alors elle a bien fait de se désabonner (si elle s’était abonnée).
Ce commentaire en dit plus sur sa pudibonderie que sur ma plume. Je le sais. Évidemment, j’ai l’habitude. Ça fait partie du job, mais quelque chose me chagrinait et je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus.

Et puis, j’ai pris conscience d’une chose : ce n’était pas juste mon orgueil qui était piqué, c’est que, quand on y pense, c’est quand même fou qu’en 2026, quelqu’un se sente offensé par la mention d’un besoin physiologique même quand il est amené avec esprit et un vocabulaire soutenu.
Je trouve ça fou parce que, si vous y réfléchissez, ça dénote d’un biais sexiste un peu triste et d’une pression sociale absolument insupportable pour les femmes : l’idée qu’une femme n’a pas le droit de parler de son corps, même pour décrire quelque chose d’aussi banal que le fait d’avoir besoin d’aller aux toilettes.
Les besoins physiologiques rappellent à l’humain sa condition animale et son imperfection. Pour certains, le nier est une façon de se rassurer, de se croire au-dessus de la matière. Mais c’est d’autant plus vrai avec les femmes.
Savez-vous que jusqu’en août 2023, aucune entreprise de protections hygiéniques n’avait eu l’idée de tester ses produits avec du vrai sang ? Ce sont des chercheuses de l’Université des sciences et de la santé d’Oregon qui l’ont enfin fait. Vous vous souvenez des pubs avec le liquide bleu ?
De la pudibonderie, je vous dis ! Pourtant, le sang n’a absolument pas la même consistance ni la même viscosité qu’un liquide bleu. Ça a son importance dans l’expérience, quand même.
Non, les femmes n’ont pas le droit d’avoir des poils, de péter, de roter, de poser une pêche chez leur mec, d’utiliser l’expression « poser une pêche »… Ah non, non, non ! Tout ceci n’est pas correct.
Et je ne parle même pas des pets de fouf !
On apprend aux femmes dès le plus jeune âge à « se tenir », à être discrètes, à s’effacer et à ne pas déranger avec les fonctions de leur corps. Quand une femme s’en fout ouvertement, utilise l’humour et casse cette convention avec naturel, c’est perçu inconsciemment comme un acte de transgression ou d’impolitesse.
Eh bien moi, j’en ai marre ! Marre qu’on me dise quoi dire, quoi manger, quoi porter, quoi être pour être une femme comme il faut. Cet article, c’est mon doigt d’honneur à tous ceux qui veulent me remettre dans ma petite boîte.
Alors pour les culs serrés qui continuent à me lire, laissez-moi être bien claire : je pisse et je chie tous les matins. Je pète et je lâche des rots de camionneur allemand. Et le pire de tout, c’est que quand j’ai mes règles, je le dis à mes proches pour qu’ils sachent que c’est le moment du mois où il faut respecter mon espace personnel.
Est-ce que c’est bon pour vous ? Non ? Ben je m’en tape.
Allez, les meufs, balancez vos coups de gueule en commentaire ! C’est pour moi. Vous allez voir, ça soulage.
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