La mode et moi, c’est une grande histoire d’amour mais, ces deux dernières années, mon rapport avec les vêtements a totalement changé. Laissez-moi vous raconter et vous donner mes meilleurs conseils.

Pendant des années, mon rapport à la mode était rythmé par la livraison incessante de colis. En tant que créatrice de contenu mode grande taille, j’ai eu la chance — croyais-je au début — d’être partenaire de nombreuses marques, dont des géants de la fast fashion comme Shein. Recevoir 10, 15, parfois 20 pièces par mois faisait partie du décor. C’était excitant, gratifiant, et puis… c’est devenu étouffant.
Au bout de deux ou trois ans, la fatigue a laissé place à une vraie sensation de submersion. Mon dressing débordait, mes portants craquaient, et une prise de conscience s’est imposée : on ne peut pas accumuler autant sans perdre le sens de ce qu’on porte.
Le déclic : désencombrer pour mieux respirer
Ma première étape a été de libérer de l’espace, physiquement et mentalement. J’ai passé des heures à faire du tri et à revendre une grande partie de ce stock en seconde main. Donner une deuxième vie à ces vêtements était indispensable, mais cela ne réglait pas le fond du problème. Il fallait que je change de philosophie.
Avant, mes critères d’achat étaient simples : est-ce que c’est mignon ? Est-ce que c’est tendance ? Est-ce que ça rend bien en photo ?
Aujourd’hui, mes priorités ont radicalement changé. Je cherche deux choses fondamentales : le confort et la durabilité.
L’envers du décor : le piège économique et le paradoxe écologique
Il y a un constat politique qu’il faut poser clairement : la Fast Fashion nous fait croire qu’elle nous fait faire des économies, alors qu’elle entretient un mécanisme de surconsommation permanent. On achète des vêtements qu’on n’a même pas le temps de porter avant d’en désirer déjà d’autres. Résultat ? On se ruine à petit feu sans s’en rendre compte.
Pendant longtemps, j’avais un budget mode de 100 à 200 € par mois. Aujourd’hui, pendant cette phase où je rebâtis mon dressing durable, je dépense une somme équivalente, mais la nature de mes achats n’a plus rien à voir.
Au lieu d’accumuler une dizaine de pièces jetables, je m’offre une ou deux pièces d’exception — de belle facture ou de luxe — ou de superbes pièces dénichées en seconde main. Certaines pièces de qualité que j’ai achetées il y a 3 ans n’ont pas bougé d’un millimètre. Dans deux ou trois ans, une fois les bases de ce dressing intemporel posées, ma dépense annuelle en mode sera bien inférieure à ce qu’elle était à l’époque de la Fast Fashion.
Sur le plan écologique, le paradoxe est saisissant : les vêtements n’ont jamais été aussi jetables, et pourtant ils n’ont jamais été aussi éternels dans la nature.
Alors que les matières naturelles comme le coton, le lin ou le cuir vieillissent, se patinent et finissent par faire corps avec la terre, l’immense majorité de la Fast Fashion est produite en plastique synthétique. Ces vêtements jetés après quelques usages ne se dégraderont jamais totalement. Traiter comme du jetable des matières qui vont polluer les sols pendant des siècles est une aberration à laquelle il faut opposer une vraie résistance.

Investir plutôt que consommer
Construire un dressing durable quand on habite un corps grande taille, c’est un vrai parcours du combattant, mais c’est aussi un acte d’empouvoirement.
Ma nouvelle règle : préférer l’intention à l’accumulation.
Je préfère mettre de côté pendant deux ou trois mois et m’offrir la pièce coup de cœur, celle qui va me suivre des années, voire toute ma vie.
- Mes Doc Martens en sont le parfait exemple : des chaussures increvables, dans lesquelles je me sens bien et forte.
- Mon sac Polène, dégoté récemment en seconde main : un bel objet, intemporel, acheté de manière réfléchie.
Le conseil le plus important : aligner son dressing sur son lifestyle réel
Si je ne devais donner qu’un seul conseil pratique aujourd’hui, ce serait celui-ci : faites la liste exacte de ce dont vous avez réellement besoin et envie, en tenant compte de votre vraie vie.
Nous sommes très nombreuses à fantasmer un dressing pour une vie idéale qui n’est pas la nôtre. De mon côté, j’adore les robes. Je trouve que c’est la pièce la plus chic, la plus élégante et la plus féminine d’un vestiaire. Sauf qu’en vivant à la campagne, la réalité rattrape le fantasme : j’en porte extrêmement peu.
Pendant longtemps, j’en ai acheté sous le coup de l’esthétique, avant de réaliser qu’elles restaient accrochées à mes cintres. Le jour où j’ai accepté que cela ne collait pas à mon quotidien, j’ai simplement arrêté d’en acheter.
Posez-vous les bonnes questions :
- Faites l’inventaire de vos besoins réels : identifiez ce qui manque vraiment pour composer vos tenues au quotidien.
- Analysez votre mode de vie : vos vêtements doivent accompagner vos journées, pas entraver vos mouvements ou vos activités.
- Misez sur des pièces intemporelles : inscrivez sur votre liste des pièces durables, de belle facture ou même de luxe si vous le souhaitez, à condition qu’elles traversent les saisons sans prendre une ride.
En résumé : mes piliers pour une mode engagée
- Acheter moins mais mieux : Réapprendre à économiser pour une belle pièce redonne toute sa valeur à l’objet.
- Miser sur la seconde main et le durable : Pour accéder à de la haute qualité et à de belles matières naturelles sans surconsommer du neuf.
- Privilégier le confort et le concret : Un vêtement beau dans lequel on ne vit pas vraiment n’a pas sa place dans un dressing raisonné.
Passer de la quantité à la qualité réclame un déconditionnement, surtout quand on a été bercée par le flux continu des tendances. Mais cette transition apporte une clarté et une liberté incroyables.
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