Des classeurs de magazines ados aux palettes de marques indépendantes qui ringardisent les géants, retour sur une longue histoire de passion, d’essoufflement et de grand retour de flamme. Comment j’ai réconcilié mon amour du maquillage avec une exigence de qualité sans compromis.

Il y a des passions qui ne s’éteignent jamais vraiment ; elles dorment parfois, enfouies sous la routine, le temps qui passe ou une overdose de tendances, prêtes à exploser de plus belle à la première étincelle.
Ces derniers jours, en replongeant le pinceau dans des fards ultra-pigmentés, en redécouvrant la texture fondante d’un blush d’exception et en m’éclatant devant mon miroir pour un énième tournage, une évidence m’a frappée : qu’est-ce que ça m’avait manqué !
Mais pour comprendre où j’en suis aujourd’hui — entre pépites indépendantes et redécouverte totale du kiff créatif —, il faut rembobiner un peu la bobine. Retour sur une longue histoire de passion, de classeurs en papier, de doutes et de belles retrouvailles.
Des pages de Be et des classeurs de papier (l’ère pré-Pinterest)
Aussi loin que je m’en souvienne, la beauté a toujours été mon terrain de jeu. Petite ado, j’étais abonnée à tous les rendez-vous incontournables de l’époque : Jeune et Jolie, 20 ans, l’irremplaçable et branché Be, Elle, Vogue… Je dévorais ces magazines de la première à la dernière page.
Mais à l’époque, en tant que jeune fille ronde, s’identifier aux pages mode relevait du parcours du combattant : les vêtements mis en avant ne me correspondaient pas toujours, ou n’étaient tout simplement pas faits pour moi. Alors, je me réfugiais là où la morphologie n’existait pas : les pages beauté. Je m’en prenais à cœur joie. Je déchirais les articles qui m’hypnotisaient et je les rangeais précieusement dans des classeurs. Ma propre bible du style, cousue main — l’ancêtre exacte de mes tableaux Pinterest d’aujourd’hui !
De l’école de com à la rédaction : la galère des peaux métissées et le choc Naked
Quelques années plus tard, mes trois années en école de communication en alternance m’ont offert mes premiers budgets autonomes. Sans surprise, je passais mes après-midis à écumer les rayons. C’était une évidence : je suis devenue rédactrice mode et beauté.
À l’époque, trouver son compte quand on a la peau métissée relevait du sport de combat, surtout avec un budget d’étudiante. Les gammes inclusives n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui, et même des marques comme Bobbi Brown représentaient un investissement colossal.
Et puis, un jour, le déclic. Alors que j’étais calée dans mes habitudes minimalistes (un coup de doigt, un fard rapide et basta), j’observe une collègue en plein rituel maquillage. Elle superposait les textures, créait des dégradés millimétrés avec une palette dont tout le monde parlait : la Naked Smoky d’Urban Decay. C’était un autre monde. Grâce à ma casquette de rédactrice beauté, j’ai décroché mon tout premier envoi presse pour l’accueillir. Couplée à des pinceaux reçus pour mon anniversaire, cette palette a ouvert la porte à une toute nouvelle dimension. Les coffrets Chocolate Bar de Too Faced reçus des attachées de presse ont achevé de me piquer définitivement.

L’âge d’or de la couleur et le piège du drugstore
Puis le game a évolué. Marion Caméléon a débarqué, insufflant un vent de liberté et de couleur folle. Les palettes Beauty Bay ont fait leur apparition (qui a oublié la sublime Wildness saignée jusqu’à la dernière miette ?), et j’ai commencé à oser.
Et puis, le Covid est arrivé. Masques obligatoires, projecteur braqué sur les yeux : on a mis le paquet sur le regard. Mais en restant cloîtrée chez moi, un autre basculement s’est opéré. Ayant passé le cap des 35 ans, j’ai reporté mon attention sur la skincare pour préparer ma peau aux effets du temps. N’étant plus rédactrice beauté, je ne recevais plus de produits, et j’ai pris une grosse claque face à l’inflation. Voir des fonds de teint flirter avec les 50 euros les 30 ml m’a braquée. J’ai eu l’impression d’assister à une dérive financière totale.
Par rejet de ces prix exorbitants, je me suis réfugiée dans le drugstore. Et sans m’en rendre compte, en voulant faire des économies sur tout, j’ai tué la magie. Le maquillage est devenu un geste banal, terne, sans saveur.
Le grand déclic : la qualité au service du plaisir
Il m’a fallu du temps pour faire le rapprochement. C’est en faisant écho à ma transition sur la mode — cette fatigue de la surconsommation, l’arrêt des partenariats et le choix de n’acheter que des pièces d’exception qui me font vibrer sur le long terme — que j’ai réalisé ce qui clochait avec mon maquillage.
Vouloir faire des économies de bout de chandelle sur des produits bas de gamme m’avait coupé toute l’envie. À l’inverse, comprendre qu’un fond de teint de haute qualité à 50 euros qui dure un an ou deux, qui matifie ma peau grasse tout en l’illuminant, qui s’étire en deux mouvements sans galérer… ça change absolument tout. Non, le bas de gamme et le haut de gamme ne se valent pas. Si le budget est serré, c’est un choix tout à fait entendable, mais il faut l’accepter en sachant ce qu’on y gagne (ou ce qu’on y perd en confort).

Le nouveau credo : le luxe pour le teint, l’audace indie pour les yeux
Aujourd’hui, ma philosophie a mûri et mon kit s’est stabilisé autour d’un équilibre imparable. Mon nouveau leitmotiv tient en deux règles d’or : du luxe exigeant pour le teint, et le tourbillon des marques indie pour les yeux.
Fini les compromis sur le fond de teint : investir dans une formule haut de gamme qui respecte ma peau, la matifie sans l’étouffer et sublime mon grain de peau tout au long de la journée, c’est un vrai choix de confort et de performance. On ne va pas se mentir : les faits sont là, un produit de luxe bien pensé change radicalement la donne par rapport au bas de gamme.
Mais le véritable séisme, c’est du côté des yeux qu’il a eu lieu. Concrètement, les marques indépendantes évoluent à une vitesse fulgurante et ringardisent tout le reste. Aujourd’hui, soyons honnêtes : même les marques les plus chères et les plus hypées du marché, comme Natasha Denona ou Pat McGrath, ne valent plus du tout le détour face à ce que sortent les marques indépendantes. Elles sont à la traîne. La créativité, la folie des duochromes, l’intensité des mats et l’audace des textures de ces petites marques sont tout simplement stratosphériques.
Et le plus beau dans tout ça ? Leurs prix sont tellement plus accessibles qu’on peut s’en offrir plusieurs, multiplier les harmonies, changer d’ambiance de palette en palette et oser toutes les nuances. Ça décloisonne complètement la créativité : on peut s’amuser, mixer les univers, moduler les moods à l’infini sans culpabiliser.
Entre mes pépites de chez Cosmic Brushes, la découverte sublime des blushs de la marque française AMS Beauty qui font un effet de folie sur peau métissée, et mon kit de pinceaux ultra-précis de chez BPerfect x Stacy Marie, j’ai redécouvert le vrai sens du mot s’amuser.
Aujourd’hui, mon kit est complet, mes choix sont raisonnés (ou presque !) et chaque passage devant le miroir est une récréation pure. Moralité ? Le maquillage n’est plus une affaire de quantité, c’est une question d’amour, de textures qui matchent et de kiff absolu. Et qu’est-ce que ça m’avait manqué !
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